Ayant posé la distinction à opérer entre la production et l'entretien - qui sont de la responsabilité du travailleur - de la force de travail elle-même, et l'usage qui peut, par ailleurs, être fait de cette même force de travail par l'employeur contre versement d'un salaire et appropriation de la plus-value produite, Karl Marx écrit :

"La valeur de la force de travail est déterminée par la quantité de travail nécessaire pour la conserver ou la reproduire, mais l'emploi de cette force n'a d'autres limites que celles des énergies actives et de la force physique du travailleur." ("Salaire, prix et plus-value")

Outre le débat sur le montant du salaire, il y a donc à établir les conditions concrètes de mise en oeuvre des diverses forces de travail qui ont à coopérer à l'intérieur du système de production.

Car le collectif de travail est lui-même composé de forces de travail de qualité diver-sifiée, répondant à des salaires différents pour couvrir des modalités de reconstitution de soi variées.

La diversité syndicale viendra donc logiquement se mouler sur les combats à mener ici, combats d'une extraordinaire complexité.

Prenons par exemple, avec Karl Marx, la question de la durée du travail :

"En prolongeant la journée de travail, le capitaliste peut payer un salaire plus élevé, et abaisser tout de même la valeur du travail : il suffit que le salaire augmenté ne corresponde pas à la plus grande quantité de travail extraite, ni au déclin plus rapide de la force de travail."

Voyons le cas d'une autre modulation toujours discutée :

"Il suffit que l'intensité du travail augmente pour qu'un homme dépense plus de force vitale en une heure qu'il ne faisait autrefois en deux heures."

Toutefois, au fond de ces discussions et de ce combat autour du partage de la malé-diction du travail en système capitaliste, il y a toujours le même phénomène sur lequel Karl Marx insiste :

"Dans le système actuel, le travail est une marchandise comme les autres. Il passe donc par les mêmes fluctuations, atteignant ainsi un prix moyen qui correspond à sa valeur. Il serait absurde de le traiter aujourd'hui comme une marchandise, et de l'affranchir demain des lois qui règlent le prix des marchandises."

Pour sortir du confinement qui la menace, l'activité syndicale devrait donc rompre avec ce mode de production qui reconduit en permanence la force de travail vers son statut de marchandise : il faudrait rompre avec l'économie de marché...

Mais, loin de là...

En effet, il faut compter avec la diversité qui sépare des forces de travail plus ou moins qualifiées, et donc plus ou moins en situation de se distinguer du tout-venant de la main-d'oeuvre la plus ordinaire.

Il arrive alors que le regard de mépris et de haine se reporte plus facilement vers les quasi-égaux que vers les dames et les messieurs d'en haut... La marchandise humaine tiendra donc globalement à son statut de pauvre chose qu'on promène à peu près là où on veut, en la divisant.

Qui, "on" ?... Mais la finance internationale, bien sûr.

Michel J. Cuny