"... difficile d'éviter l'émergence de nouvelles inégalités...", c'est sur ces bonnes paroles que nous avons quitté le conseiller des autorités de Bruxelles, c'est-à-dire de cette Europe qui se fait contre les peuples, ainsi que le démontre ce qui suit, et qui se trouve également dû à la plume avisée du professeur Esping-Andersen. Je le cite encore d'après "Une santé aux mains du grand capital ?" (page 295) :

"S'il n'est pas possible d'éliminer les faibles revenus, les emplois médiocres ou l'emploi précaire (qui pourraient même mériter d'être encouragés), la question est de savoir comment adoucir leurs effets sur le bien-être à court terme."

Le sens profond de la politique à appliquer aux populations les plus démunies de l'Europe se trouve évidemment dans la parenthèse...

Il faut donc encourager le développement des emplois médiocres ou précaires.

Pour y parvenir; il serait utile de mettre en place, à travers le remaniement des droits sociaux, une sorte de grand jeu de loto. Voici ce que nous en dit le camarade Esping-Andersen :

"Il convient de redéfinir le principe directeur des droits sociaux comme garanties efficaces contre le risque d'enfermement des individus dans l'exclusion et la précarité, comme droit à une "seconde chance" ; en résumé, comme un ensemble fondamental de garanties d'une égalité des chances tout au long de la vie." (Idem, page 295)

"Au long de la vie", il sera donc loisible, à tout un chacun des "défavorisés", de rejouer dans le hasard de la gamme des "secondes chances". Les messieurs du peuple étant désormais assez largement disqualifiés ; les dames du peuple étant, elles-mêmes, désormais "libérées" d'une vraie vie de couple, le meilleur sort à souhaiter à tous ces enfants issus des foyers brisés sur l'autel d'une mise en concurrence instillée comme étant l'essentiel de toute vie de couple (chez les bourgeois) est offert, au bon peuple, sous la forme suivante par Mr Esping-Andersen :

"Pour tous les types de familles avec enfant - qu'il s'agisse de familles en couple ou monoparentales -, la meilleure garantie contre la pauvreté est, de loin, l'emploi de la mère." (Idem, page 295)

Conséquemment, nous sentons pointer une extraordinaire possibilité de faire quelques économies sur les budgets sociaux de nos misérables démocraties. Dis-leur, GØsta :

"La question la plus urgente en matière de politique sociale n'est pas tant liée au maintien du revenu qu'aux services accordés aux mères qui travaillent." (Idem, page 296)

C'est-à-dire qu'il faut "aider" les plus pauvres d'entre ces femmes à se libérer de l'élevage de leurs propres enfants pour qu'elles puissent consacrer leur temps, pour le prix le plus bas, à effectuer les tâches ménagères ou d'éducation pour le compte d'épouses plus haut placées dans l'échelle des revenus féminins... De vraies soeurs, évidemment.

Résultat plus qu'heureux pour l'avenir de l'Europe, selon le même sinistre personnage :

"Les taux de pauvreté des enfants sont en hausse, non seulement en raison de l'affaiblissement des structures familiales, mais aussi à cause de l'érosion du traditionnel salaire familial masculin. Il s'avère de plus en plus qu'un seul salaire n'est tout simplement plus suffisant pour sortir les familles d'un état de pauvreté." (Idem, page 296)

Bien joué !

Michel J. Cuny