La question est de Karl Marx, et voici sa réponse ("Salaire, prix et plus-value", 1865) :
"Comme celle de toute autre marchandise, sa valeur est déterminée par la quantité de travail nécessaire pour la produire."

Comment se peut-il que la force de travail de l'ouvrier, par exemple, se présente sous la forme d'une marchandise ? D'où vient qu'il ne puisse pas, lui-même, mettre en oeuvre sa force de travail ? D'où vient qu'il se trouve séparé des instruments de travail et des matières premières , mais aussi de la clientèle que, dans ce cas, il lui faudrait avoir pour entrer dans le cycle des échanges d'objets, et en tirer sa subsistance  et celle de sa famille ?

D'où vient que dans un pays comme cette France du XXIème siècle, la proportion des salariés se trouve être devenue si importante, alors qu'il paraît qu'à trois ou quatre générations de là, il en allait tout autrement ?

Evidemment, c'est un des fruits de la lutte des classes qui se déroule en permanence. Coupé, par l'Histoire, de tout moyen de production, le salarié ne dispose plus que de la force de travail de sa personne : une force qui n'est d'abord qu'au chômage, quoi qu'il en soit de la rapidité éventuelle de son accession à un emploi. Le salarié est toujours un surnuméraire par rapport à des instruments de production qui ne lui appartiennent pas, et sur lesquels même sa prétendue qualité de citoyen ne lui donne aucun pouvoir.

Il ne lui reste plus qu'à se tourner vers le plus offrant des "bourgeois" du secteur privé ou des "embaucheurs" du secteur public, en se présentant lui-même comme "offrant" le meilleur ratio qualités/salaire, selon les divers critères valables en son temps. L'affaire se fera en un point d'équilibre que la concurrence, quelques éventuels passe-droits, et des conditions locales changeantes, sauront fixer...

Observons, pour servir d'illustration à tout ceci, une condition nationale particulière à la France des lendemains de la Libération...

La décision a donc été prise de favoriser la stabilisation des familles de condition modeste en facilitant leur accession à l'habitat individuel, tout en maintenant l'épouse au foyer. Cela passait par des crédits immobiliers à rembourser sur vingt ans, qui étaient d'autant plus favorables que les familles en question comptaient un certain nombre d'enfants. Par ce biais, l'un des objectifs à atteindre était d'obtenir que ces familles soient l'un des viviers d'approvisionnement d'enfants dont la scolarité promettait d'être, en règle générale, plus satisfaisante au milieu d'une famille centrée sur la présence permanente de la mère, et, au-delà de la scolarité, la qualification professionnelle.

Il n'empêche que, dans un premier temps, la quantité de travail à fournir pour, à la fois obtenir que ces pères reconstituent correctement leur force de travail et préparent un avenir satisfaisant pour leurs enfants tout en maintenant auprès d'eux la mère dans une habitation appartenant à la famille, était un poids pour la société. Mais c'était aussi un investissement...

Et c'est l'Europe qui a aidé à déconstruire cela, puis à enfoncer le clou bien au-delà, comme nous allons le voir...

Michel J. Cuny