Abstraction faite du prix de vente qui se trouve dans la dépendance de la concurrence, les frais de production fournissent le seuil sur lequel vient buter le gain du bourgeois. Toutefois, pour se placer en situation favorable dans le petit jeu de la concurrence, c'est-à-dire dans la fixation de son prix de vente, et pour, tout à la fois, obtenir le gain le plus important possible, le bourgeois doit veiller à tenir ses frais de production au plus bas.

De quoi ceux-ci sont-ils constitués ?

Comme nous l'avons vu précédemment, en système capitaliste, la production repose sur des moyens matériels qui appartiennent à la classe bourgeoise et sur le travail de celles et de ceux qui, démuni(e)s des biens nécessaires à leur survie et à celle de leur famille, doivent obtenir l'emploi qui leur procurera - par la mise en oeuvre ordonnée, selon des critères précis, de leurs forces physiques, psychiques et intellectuelles sur un laps de temps donné - un salaire.

Cette tâche de production étant ramenée, par la concurrence, à l'utilisation de la forme de travail la plus simple, la plus répandue et la moins coûteuse, seule la durée de l'utilisation de celui-ci déterminera le prix à payer, par le bourgeois, au titre du salaire.

Revenons à la définition que donne Karl Marx des frais de production et de leur utilisation dans l'évaluation du prix de production de la marchandise :
"La détermination du prix par les frais de production est identique à la détermination du prix par le temps de travail nécessaire à la production d'une marchandise, car les frais de production se composent 1° de matières premières et d'instruments, c'est-à-dire de produits industriels dont la production a coûté un certain nombre de journées de travail, et qui représentent par conséquent une certaine somme de temps de travail et 2° de travail immédiat dont la mesure est précisément le temps."

La portion de ce temps de vie que doivent vendre l'ouvrier, l'ouvrière, sur quelle base va-t-elle leur être payée ? Où donc s'en trouve la mesure ?

C'est du temps de vie... De quelle vie ?...

S'il ne s'agit que de survivre en tant que membre d'une classe opprimée par tout le reste de la société, cette vie ne sera que de la survie, pour l'ouvrier, l'ouvrière, comme pour leur famille. Ce ne sera guère qu'une vie végétative : voilà ce qui fixera le montant du salaire.

A l'échelle du monde, nous l'avons vu précédemment, c'est bien cela qui s'offre comme moyenne statistique : avec au-dessus, les temps de vaches grasses, et au dessous, les vaches maigres de la famine et de la mort par inanition, ou par ces maladies justement liées à l'état de misère endémique.

Michel J. Cuny