Du côté du salaire minimum, il n'est guère difficile de rejoindre le statut de ces choses si particulières que sont les marchandises. En tout cas, il est essentiel pour les détenteurs de capitaux que les travailleurs de base jouxtent cette condition-là. Pour en trouver qui soient de cette catégorie extrêmement juteuse en termes de profit, ils sont prêts à aller au bout du monde : ça s'appelle l'impérialisme, et c'est ce qui anime prioritairement les multinationales.

Un objet en tant qu'objet a une valeur d'usage : il sert à ceci plutôt qu'à cela ; il peut même ne servir à rien, mais il a servi ou bien il pourrait encore servir, ne serait-ce qu'à se dégrader jusqu'à ne plus être que poudre.

Un objet en tant que marchandise a une valeur d'échange. Il vaut par ce qu'on pourrait en obtenir en l'échangeant avec autre chose : un objet encore ou un chiffre sur un compte en banque.

En tant qu'elle passe par une certaine somme d'argent, la vente de la marchandise se fait à un certain prix.

"Qu'est-ce qui détermine le prix d'une marchandise ?" demande Karl Marx dans "Travail salarié et capital". Il propose de poser cette question au premier bourgeois venu, c'est-à-dire à celui dont la fonction est d'exploiter le travail humain... à son juste prix.

Ecoutons-le :
"Si la production de la marchandise que je vends m'a coûté 100 francs, et si je retire de la vente de cette marchandise 110 francs - au bout d'un an entendons-nous - c'est un gain civil, honnête, convenable. Mais si j'obtiens en échange 120, 130 francs, c'est alors un gain élevé ; et si j'en tirais 200 francs, ce serait alors un gain exceptionnel, énorme."

Karl Marx en conclut que le calcul se fait par soustraction de ce qui ne peut être que l'une des obsessions du bourgeois : ce que lui coûte sa production :

"Qu'est-ce qui sert donc au bourgeois à mesurer son gain ? Les frais de production de sa marchandise."

Nous sentons déjà que le travailleur de base est lui aussi pris dans la soustraction... Gare !

Michel J. Cuny