Si nous restons à l'intérieur d'un pays donné, le schéma que développe Karl Marx dans son "Discours sur le libre-échange" s'applique directement :
"[...] dans un certain laps de temps qui est toujours périodique, dans ce cercle que fait l'industrie, en passant par les vicissitudes de prospérité, de surproduction, de stagnation, de crise, en comptant tout ce que la classe ouvrière aura eu de plus ou de moins que le nécessaire, on verra qu'en somme elle n'aura eu ni plus ni moins que le minimum ; cela veut dire que la classe ouvrière ne se sera conservée comme classe qu'après bien des malheurs et des misères et des cadavres laissés sur le champ de bataille industriel. Mais qu'importe ? La classe subsiste toujours et, mieux que cela, elle se sera accrue."

Voilà ce qu'enseigne le matérialisme dialectique, au sens où il ne peut rien en être dit qui ne soit un : "Mais qu'importe!" Pour rendre la situation décrite à la sphère humaine dont il serait à souhaiter qu'elle ne s'écarte jamais, il faut en passer par le matérialisme historique.

Or, celui-ci n'est absolument pas le lieu d'analyse du libre-échange, qui ne peut être qu'une application brutale du matérialisme dialectique et de son "mais qu'importe !"

Car, comme l'écrit Karl Marx, l'exploitation est elle-même un processus dialectique qui n'en finit pas de se raffiner :
"Ce n'est pas tout. Le progrès de l'industrie produit des moyens d'existence moins coûteux."

Voyez la voiture automobile, rêve lointain et tout à fait facultatif de qui n'était pas très riche au début du XXème siècle, elle est devenue obligatoire aujourd'hui pour qui, étant en chômage, devra trouver du travail.

Croit-on que le chômeur motorisé d'aujourd'hui soit véritablement plus riche que le gros rentier piéton d'avant 1914 ?

Michel J. Cuny