Abordant les lois exposées par ceux qu'en son temps on appelait les économistes (de Quesnay à Ricardo), Karl Marx déclarait, dans sa conférence sur le libre-échange (9 janvier 1848) :
"Ces lois se confirment à mesure que le libre-échange se réalise. La première de ces lois, c'est que la concurrence réduit le prix de toute marchandise au minimum de ses frais de production. Ainsi le minimum de salaire est le prix naturel du travail. Et qu'est-ce que le minimum de salaire ? C'est tout juste ce qu'il faut pour faire produire les objets indispensables à la sustentation de l'ouvrier, pour le mettre en état de se nourrir tant bien que mal et de propager tant soit peu sa race."

Encore ne s'agit-il là que d'une position d'équilibre statistique :
"Ne croyons pas pour cela que l'ouvrier n'aura que ce minimum de salaire ; ne croyons pas, non plus, qu'il aura ce minimum de salaire toujours."

De fait, cet équilibre statistique s'établit sur un temps élargi, mais aussi dans un espace lui-même extensible. Ce qui fait défaut, ici, du point de vue de la rémunération salariale, est en excès, ailleurs ; de même sur l'échelle du temps, par le biais des cycles économiques de longue durée, ou grâce aux possibilités d'endettement, par exemple.

Pour une population donnée, l'équilibration de sa rémunération salariale avec celle d'autres contrées pourra se trouver freinée par l'impérialisme que son propre pays y exerce... pour autant qu'il est vainqueur. Inversement, s'il est vaincu.

Ainsi, entre les deux impérialismes concurrents que sont la France et l'Allemagne, la chute du mur de Berlin et la politique militaire, diplomatique et économique conqué-rante menée par la seconde en Europe centrale jusqu'à une victoire somme toute écrasante, auront induit un différentiel de puissance qui met les salariés français - y compris par le biais du chômage - dans une situation plutôt difficile, au moins momentanément.

Mais la France n'a pas que l'Allemagne à prendre en compte, bien sûr. Ailleurs, d'autres menées impérialistes la feront avancer ou reculer selon les résultats qu'elle y obtiendra et qui pourront être différents de sa récente défaite face à l'Allemagne.

Jusqu'au jour où, par exemple, la domination allemande lui deviendrait plus ou moins mortifère... Dans ce cas, l'impérialisme des deux pays changerait totalement de physio-nomie, laissant pressentir le pire.

Michel J. Cuny