Nous allons quitter "Misère de la philosophie" sur ce paragraphe de Karl Marx :
"Une classe opprimée est la condition vitale de toute société fondée sur l'antagonisme des classes. L'affranchissement de la classe opprimée implique donc nécessairement la création d'un société nouvelle. Pour que la classe opprimée puisse s'affranchir il faut que les pouvoirs productifs déjà acquis et les rapports sociaux existants ne puissent plus exister les uns à côté des autres. De tous les instruments de production, le plus grand pouvoir productif, c'est la classe révolutionnaire elle-même. L'organisation des éléments révolutionnaires comme classe suppose l'existence de toutes les forces productives qui pouvaient s'engendrer dans le sein de la société ancienne."

Il est assez clair que nous avons ici un condensé de matérialisme dialectique et de matérialisme historique. Les classes elles-mêmes sont un produit de l'Histoire. Selon l'époque retenue, elles auront des caractéristiques particulières qu'il s'agira de savoir analyser. En premier lieu, il est nécessaire de déterminer la position de celle qui assure la vie de l'ensemble de la société, elle-même fondée sur la pluralité de classes antagonistes : la classe opprimée par excellence, dans le contexte retenu.

Elle est la cible privilégiée des rapports sociaux existants. C'est elle qui, pour l'essentiel de ce qu'il y a humainement à en subir, se trouvera attachée aux moyens de production. Selon Karl Marx, tant qu'il y a adéquation entre les rapports sociaux existants et les exigences dont les moyens de production sont porteurs, le processus révolutionnaire est impossible. Ce qui ne veut pas dire que tous les heurts soient abolis. Bien au contraire. Mais, pour autant que les rapports sociaux se trouvent adaptés au rôle qu'ils doivent jouer, ils ont en eux les ressources nécessaires pour se remettre correctement en place après chaque secousse. Leur adaptation se fait au prix d'un éventuel déplacement de classes intermédiaires, mais le fond de l'exploitation principale reste rigoureusement inchangé.

Mais, dès qu'une rupture suffisamment profonde s'installe dans le processus dialectique qui réunit habituellement les forces productives et les rapports sociaux (en système capitaliste : les rapports de propriété des instruments de production et d'échange), la force productive spécifique à la classe opprimée pousse celle-ci à émerger par la voie révolutionnaire : cela ne va cependant pas de soi. Ce qui ne serait que du seul registre des rapports de forces au sens du matérialisme dialectique  (matière en mouvement) doit s'inscrire dans une Histoire, ce qui implique la constitution d'un discours révolutionnaire qui, ainsi que Karl Marx le souligne à la fin du texte ci-dessus, est déjà latent dans le potentiel resté inexploré de la vieille société.

Rien qu'un mot encore : le chômage qui couvre aujourd'hui la quasi-totalité de l'Europe, et, par ailleurs, tout ce qui se constitue au travers de l'informatique et d'Internet, mais aussi l'ensemble des transformations qui se jouent, dans ces champs-là, d'un bout à l'autre de la planète, sont à l'évidence avant-coureurs d'une révolution : à ne pas être décryptée par les humains les plus menacés, celle-ci ne pourra que finir dans le pourrissement de guerres à répétition, comme nous avons commencé à en avoir l'annonce, ici même, à travers la politique française d'agression  en Côte d'Ivoire, en Libye, au Mali et en Syrie...

Michel J. Cuny