Encore une petite visite à Misère de la philosophie (1847). Karl Marx y écrit :
"L'esclavage direct est le pivot de l'industrie bourgeoise aussi bien que les machines, le crédit, etc. Sans esclavage, vous n'aurez pas de coton ; sans le coton, vous n'aurez pas d'industrie moderne."

Arrêtons-nous, un instant, sur la cueillette du coton. Il s'y manifeste une succession ordonnée de gestes réalisés par des hommes et des femmes qui ne sont, dans ce contexte de production esclavagiste, que des machines vivantes, au même titre que les animaux attachés à l'ordinaire du travail agricole. Les esclaves y usent leurs forces physiques, nerveuses et intellectuelles : de l'énergie, en particulier.

Au fond des différentes tâches des esclaves, il y a l'effectuation de ce que dit le matérialisme dialectique dans sa figure de base : matière en mouvement. Or, il se trouve que la définition einsteinienne de l'énergie nucléaire ne dit guère autre chose : E = mc2

L'énergie nucléaire s'offre ainsi comme le produit de la masse par le carré de la vitesse de la lumière. Le pétrole, en tant qu'il est une énergie, est, lui aussi, un condensé de matière en mouvement... Convenablement utilisé, il doit pouvoir mettre en mouvement une certaine matière organisée elle-même de convenable façon : une machine, qui viendra éventuellement prendre la place de l'esclave.

Reprenons Karl Marx dans le même ouvrage :
"Sans l'esclavage, l'Amérique du Nord, le pays le plus progressif, se transformerait en pays patriarcal. Effacez l'Amérique du Nord de la carte du monde, et vous aurez l'anarchie, la décadence complète du commerce et de la civilisation modernes. Faites disparaître l'esclavage, et vous avez effacé l'Amérique de la carte des peuples."

Faites disparaître le pétrole, par exemple... Que reste-t-il du monde d'aujourd'hui ?

Autrement dit, de même qu'autrefois, tout devait être entrepris par les dominants pour se rendre maîtres des futurs esclaves, en Afrique, et les tenir, par tous les moyens - les pires, y compris - à la tâche, de même aujourd'hui faut-il, et jusqu'au bombardement intensif des populations civiles des pays producteurs de pétrole du monde arabe, conserver le contrôle, pour l'Occident, de l'équilibre du prix du pétrole et des ressources énergétiques en général.

A moins qu'il ne soit question d'inventer une nouvelle civilisation : grande affaire pour nos très petits désirs... que captent trop bien les si minables téléviseurs.

Michel J. Cuny