Pour couvrir la période qui va de 1848 à 1918 - soixante-dix années -, je ne pouvais pas m'en remettre à un seul individu : même une vie très longue n'y aurait pas suffi sans exagération criante..

J'aurais pu prendre un père et son fils, par exemple. Mais il paraît qu'en général un certain type de relais ne puisse se faire d'une génération à l'autre : les deux protagonistes paraissent ne pas disposer d'une suffisante mise à distance de leurs époques respectives pour bien comprendre ce qui les articulent. Ainsi voit-on assez souvent l'histoire du père ne s'offrir vraiment qu'après sa mort à une lecture satisfaisante par le fils.

Le grand-père et son petit-fils, voilà ce qui m'est apparu comme la solution idéale. Pour ma part, je n'ai guère connu mes grands-pères : l'un est mort quand j'avais un an, l'autre quand j'en avais douze. On songera peut-être que je trouvais ici une solution à mon propre désarroi. Mais non, de ce genre de désarroi il n'y en eut jamais pour moi : mes deux grands-pères, je les sais à la tête et au coeur de ce que je suis depuis toujours. Mes grands-mères itou, d'ailleurs.

Quant aux identités, j'ai voulu les tirer de l'anagramme dédoublée des noms marx, engels, lénine. Et nous voici en présence du grand-père : Anselme Égrelienx, et de son petit-fils : Germain Xellennes. Noms fort retentissants, mais qui disparaîtront bien vite sous les initiales A. É. et G. X. Ces deux-là ne sont que des fictions.

L'autre fiction consiste en ceci que c'est Germain qui est censé avoir rapporté, dans un livre paru bien après la mort d'Anselme, le contenu des entretiens qu'ils auront eu tour à tour, l'un avec Marx et Engels, l'autre avec Lénine.

Voilà ce que sont ses "Quelques mots d'introduction".

Michel J. Cuny